La Méthode Coué
La Maîtrise de Soi-Même par l'Autosuggestion Consciente
21 - Le
Miracle en Soi
(Extrait de la Renaissance politique, littéraire et
artistique du 18 décembre 1920)
HOMMAGE A ÉMILE COUÉ
| Dans le courant du mois
de septembre 1920, j'ouvris pour la première fois le livre de Charles
Baudouin, de Genève, professeur dans cette ville, à l'Institut
J.-J. Rousseau. Cet ouvrage s'appelle : « Suggestion et Autosuggestion ». L'auteur l'a dédié « À Émile Coué, à l'initiateur et à l'homme de bien, en profonde reconnaissance ». Je le lus et ne quittai pas le volume avant d'avoir été jusqu'au bout. C'est qu'il contient le très simple exposé d'une uvre magnifiquement humanitaire, appuyée sur une théorie qui peut paraître enfantine tant elle se trouve à la portée de chacun. Et si chacun la met en pratique, il en découlera le plus grand bien. Depuis plus de vingt ans d'inlassable labeur, Émile Coué, qui habite aujourd'hui Nancy, où il suivit naguère les travaux et les expériences Liébeault, père de la doctrine de la suggestion, depuis plus de vingt ans, dis-je, Coué ne s'est occupé que de cette question, mais tout spécialement pour amener ses semblables à cultiver l'autosuggestion. Au commencement du siècle, Coué avait atteint le but de ses recherches, il avait dégagé la force immense et générale de l'autosuggestion. Après des expériences innombrables sur des milliers de sujets, il montrait l'action du subconscient dans les cas organiques. Ceci est nouveau, et le grand mérite de ce savant profondément modeste est d'avoir trouvé le remède à des maux terribles, réputés incurables ou douloureux à l'excès, sans espoir de soulagement. Ne pouvant entrer ici dans de longs détails scientifiques, je dirai seulement comment le savant de Nancy exerce sa méthode. Le résumé lapidaire de toute une vie de patientes recherches et d'observations continues, c'est une formule brève, à répéter le matin et le soir. Il faut la dire à mi-voix, les yeux fermés, dans une position favorable à la détente musculaire, soit au lit, soit dans un fauteuil, et sur le ton employé pour réciter des litanies. Ces paroles magiques, les voici : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. » On doit les prononcer vingt fois de suite, en s'aidant d'une corde à vingt nuds, qui fait office de chapelet. Ce détail matériel a son importance, il assure la récitation machinale et c'est essentiel. Pendant qu'on articule ces mots, que le subconscient enregistre, il ne faut penser à rien de spécial, ni à ses maladies, ni à ses peines, il faut être passif, avec le seul désir que tout soit pour le mieux. La formule « à tous points de vue » est d'un effet général. Ce désir doit s'exprimer sans passion, sans volonté, avec douceur, mais avec une confiance absolue. Car Émile Coué, au moment de l'autosuggestion, n'appelle nullement la volonté, au contraire; pas de volonté à cet instant-là, mais que l'imagination, le grand moteur, infiniment plus actif que celui qu'on invoque toujours, que l'imagination seule soit en jeu. « Prenez confiance en vous, dit ce bon conseiller, croyez, croyez fermement que tout ira bien. » Et, en effet tout va très bien pour ceux qui ont la foi aveugle, fortifiée par la persévérance. Comme rien ne vaut les faits, je vous raconterai ce qui m'est arrivé à moi-même, avant d'avoir jamais vu M. Coué . J'en reviens donc à ce mois de septembre où j'ouvris le volume de M. Charles Baudouin. À la suite d'un exposé substantiel, l'auteur énumère la guérison de maladies telles que l'entérite, l'eczéma, le bégaiement, la mutité, une sinusite datant de vingt-cinq ans, et qui avait nécessité onze opérations, la métrite, la salpingite, les fibromes, varices, etc., enfin et surtout, les plaies tuberculeuses profondes et la phtisie (cas de Mme D.., de Troyes, âgée de 30 ans, devenue mère après sa guérison suivie sans rechutes). Ceci constaté souvent par les médecins traitants. Ces exemples me frappèrent profondément, c'était là le miracle. Il ne s'agissait pas de nerfs, mais de maux que la médecine aborde sans succès. Cette guérison de la tuberculose me fut une révélation. Atteinte depuis deux ans d'une névrite aiguë de la face, je souffrais horriblement. Quatre médecins, dont deux spécialistes, avaient prononcé la sentence qui suffirait à elle seule à cultiver le mal par son influence néfaste sur le moral : « Rien à faire! » Ce « rien à faire » avait été pour moi le principe de la pire des autosuggestions. En possession de la formule : Tous les jours, à tous points de vue , etc., je la récitai avec une foi qui, pour être venue subitement, n'en était pas moins capable de soulever des montagnes et jetant bas châles et écharpes, tête nue, je m'en allai au jardin sous le vent et la pluie en répétant doucement : « Je vais être guérie, il n'y aura plus de névrite, elle s'en va, elle ne reviendra pas, etc. » Le lendemain, j'étais guérie et plus jamais, depuis, je n'ai souffert de ce mal abominable qui ne me permettait plus de faire un pas dehors, au moindre vent, à la moindre humidité et me rendait la vie intenable. Ce fut une immense joie. Les incrédules diront : C'était nerveux. Évidemment, et je leur abandonne ce premier point. Mais, ravie du résultat, j'expérimentai la méthode de Coué au sujet d'un dème de la cheville gauche, résultat d'une affection des reins réputée incurable. En deux jours, l'dème avait disparu. J'agis au point de vue fatigue, dépression morale, etc., un mieux extraordinaire se produisit et je n'eus plus qu'une idée : aller à Nancy remercier mon bienfaiteur. J'y fus donc et trouvai l'homme excellent, attirant par sa bonté et sa simplicité, qui est devenu mon ami. C'était indispensable de le voir sur son terrain d'action. Il me convia à une séance populaire. J'entendis un concert reconnaissant. Les lésions pulmonaires, déplacements d'organes, l'asthme, le mal de Pott (!), la paralysie, toute cette horde funeste reculait. J'ai vu marcher une paralytique tordue et déjetée sur une chaise. Coué avait parlé, il réclamait la confiance, la grande, l'immense confiance en soi. Il disait : « Apprenez à vous guérir, vous le pouvez; moi je n'ai jamais guéri personne. C'est en vous qu'est le moyen, appelez votre esprit, faites-le servir à votre bien physique et moral, et il viendra, il vous guérira, vous serez fort et heureux. » Ayant parlé, Coué s'approcha de la paralytique : « Vous avez entendu, croyez-vous que vous allez marcher ? » - « Oui. » - « Eh bien, levez-vous ! » La femme se leva, elle marcha, fit le tour du jardin. Et le miracle s'accomplit. Une jeune fille, atteinte du mal de Pott, dont la colonne vertébrale se redressait après trois visites, me dit son bonheur intense de se sentir renaître, alors qu'elle se croyait perdue. Trois femmes, guéries de lésions pulmonaires, exprimaient leur enchantement d'être rendues au travail, à la vie normale. Coué, au milieu de ces gens qu'il aime, m'apparut comme un être à part, car cet homme ignore l'argent, tout son travail est gratuit et son désintéressement extraordinaire ne lui permet pas de jamais recevoir un centime. « Je vous dois quelque chose, lui dis-je, je vous dois même tout - Non, seulement le plaisir de continuer à vous bien porter » Une irrésistible sympathie entraîne vers ce philanthrope bon enfant; bras dessus, bras dessous nous fîmes le tour du potager qu'il cultive lui-même, se levant tôt. Presque végétarien, il considère avec satisfaction les résultats de son travail. Et puis, la grave conversation reprend : « Vous possédez une puissance illimitée : l'esprit. Il agit sur la matière, si l'on sait le domestiquer. L'imagination est comparable à un cheval sans rênes; s'il traîne une voiture où vous vous trouvez, il peut faire toutes les sottises et vous tuer. Mais attelez-le convenablement, conduisez-le d'une main sûre, il va où vous voulez. Ainsi font l'esprit, l'imagination. Il faut les conduire pour notre bien. L'autosuggestion, formulée par les lèvres, est un ordre que le subconscient reçoit, il l'exécute à notre insu, et surtout la nuit : l'autosuggestion du soir est la plus importante, elle donne de merveilleux résultats. « À cela, lorsque vous ressentez une douleur physique, ajoutez la formule : Ça passe, répétée très vite, dans une sorte de bourdonnement, en posant la main sur la partie souffrante, sur le front, s'il s'agit d'une peine morale. Car la méthode agit très efficacement sur le moral. Après avoir réclamé le secours de l'âme pour le corps, on peut le demander encore pour toutes les circonstances et difficultés de la vie. » Là aussi, j'ai expérimenté que les événements se modifient singulièrement par ce procédé. Vous le connaissez aujourd'hui. Vous le connaîtrez mieux en lisant le livre de M. Baudouin, puis sa brochure : La Force en Nous, et, enfin, le petit traité succinct écrit par M. Coué lui-même : La Maîtrise de soi-même. Si j'ai pu vous inspirer le désir de faire vous-mêmes le pèlerinage de Nancy, comme moi, vous aimerez l'homme unique, peut-être, par sa très noble charité, par son amour de ses frères, tel que le Christ l'a enseigné. Et, comme moi, physiquement, moralement, vous serez guéris. La vie vous paraîtra meilleure, plus belle. Cela, n'est-ce pas, vaut bien la peine d'essayer ! M. BURNAT-PROVINS. La Maîtrise de Soi-Même par l'Autosuggestion Consciente 0 - Introduction - L'importance de la Maîtrise 1 - L'Autosuggestion Consciente 2 - L'être Conscient et l'Etre Inconscient 3 - Volonté et Imagination 4 - Suggestion et Autosuggestion 5 - Emploi de l'Autosuggestion 6 - Comment Procéder 7 - Suggestion Curative 8 - Autosuggestion Consciente 9 - Supériorité de la Méthode 10 - Comment agit la Suggestion 11 - Emploi de la suggestion - Guérison 12 - Cas de Guérison 13 - Conclusion 14 - Autosuggestion - Observations 15 - Lettres à Emile Coué 16 - Pensées et Préceptes 17 - Conseils et Enseignements 18 - Séances 19 - Notes sur le Voyage 20 - Tout à Tous 21 - Le Miracle en Soi 22 - L'Education |